Ce que la Corée du Sud peut apprendre à l'Europe en matière de taxation du tabac

En Corée du Sud, les sachets de nicotine sont taxés à un taux plus de quatre fois supérieur à celui d'un paquet de cigarettes. Nouveau rapport de Smoke Free Sweden Elle compare les résultats de cette approche avec ceux de la Suède, et les chiffres parlent d'eux-mêmes. 

Au cours de la dernière décennie, la Suède a considérablement réduit son taux de tabagisme, devenant ainsi le premier pays sans tabac au monde. Elle y est parvenue en taxant et en réglementant les alternatives sans fumée de manière beaucoup moins stricte que les cigarettes. La Corée du Sud a fait le choix inverse : son taux de tabagisme quotidien stagne à 15,31 telles par jour, soit près de trois fois celui de la Suède, et le tabagisme continue de tuer plus de 68 000 personnes par an. 

Le raisonnement est simple. Si un produit plus sûr coûte beaucoup plus cher que le produit mortel qu'il est censé remplacer, les gens continueront d'acheter le produit moins cher, mais plus dangereux. C'est ce qui se passe en Corée. Les décideurs politiques qui refusent de faire la distinction entre produits combustibles et incombustibles ne protègent pas la santé publique, ils la mettent en péril. 

Une réglementation fondée sur une fausse équivalence

L'équivalence des taxes n'est pas une erreur, mais le symptôme d'un choix réglementaire plus large. En vertu de la loi coréenne sur le commerce du tabac, les produits combustibles et les produits sans fumée sont classés et traités de manière quasi identique. Les sachets de nicotine sont soumis aux mêmes restrictions de commercialisation, de vente au détail et de distribution que les cigarettes. La publicité est strictement encadrée, les circuits de distribution sont limités et la vente en ligne est totalement interdite, privant ainsi les consommateurs de l'accès à l'information et des ressources qui ont permis aux fumeurs suédois de passer à la cigarette électronique.

Les chiffres révèlent le coût de cette situation. L'objectif officiel de la Corée est de réduire le tabagisme à 251 000 fumeurs chez les hommes et à 41 000 fumeurs chez les femmes d'ici 2030, mais les tendances actuelles indiquent que ce rythme est irréalisable dans le cadre actuel. L'écart entre les sexes est frappant : 26 800 fumeurs sont des hommes qui fument quotidiennement, contre seulement 3 800 fumeurs. Le rapport suggère que cette disparité reflète l'impact inégal des produits et des messages actuels sur les différents groupes de fumeurs. Parallèlement, les dépenses de santé liées au tabagisme en Corée ont atteint près de 1 500 milliards de dollars américains par an, alors même que le taux de tabagisme a à peine évolué.

Les recommandations du rapport concernant la Corée ressemblent à une liste exhaustive des mesures que devraient prendre les négociateurs de la directive sur les accises sur le tabac à Bruxelles et les fonctionnaires de la Commission européenne travaillant à la mise à jour de la directive sur les produits du tabac : passer d’une harmonisation à une taxation proportionnelle au risque, considérer les sachets de nicotine comme une catégorie distincte et moins nocive plutôt que de les intégrer d’office à la réglementation sur le tabac, et utiliser la communication en matière de santé publique pour encourager la transition plutôt que de minimiser la différence de risque. C’est précisément la voie que la Corée du Sud n’a pas empruntée, et c’est aussi la voie que certaines propositions de l’UE s’éloignent.

Pourquoi l'exemple sud-coréen est important pour l'UE

L'Europe est actuellement en train de décider si elle doit emprunter la même voie, et pas seulement en matière de fiscalité. La directive sur les accises sur le tabac, toujours en cours de négociation au Conseil, définira pour les années à venir la manière dont les États membres de l'UE taxeront les cigarettes électroniques, les sachets de nicotine et les produits à tabac chauffé par rapport aux cigarettes. La proposition sur la table vise à aligner la taxation de ces produits sur celle des cigarettes, voire à la dépasser : le même cadre qui freine la Corée.

La révision de la directive sur les produits du tabac soulève la même question d'un point de vue réglementaire plutôt que fiscal. Le débat qui s'en dégage fait écho aux politiques qui ont façonné la loi coréenne sur le commerce du tabac : considérer tout produit contenant de la nicotine comme présentant le même risque qu'une cigarette, qu'il soit brûlé ou non. L'exemple coréen illustre les conséquences de cette approche : stagnation, augmentation des dépenses de santé et diminution des incitations pour les fumeurs à changer de produit.

La Suède illustre une autre voie, déjà mise en œuvre au sein de l'UE. En décembre 2024, son Parlement a revu sa stratégie nationale de lutte contre le tabac afin de cibler les méfaits plutôt que la simple consommation, et a réduit les taxes sur le snus tout en les augmentant sur les cigarettes. Résultat : le taux de tabagisme et la prévalence des maladies liées au tabac les plus faibles d'Europe.

La fiscalité et la réglementation déterminent ensemble quel produit est le moins cher, le plus facile à trouver et le plus facile à comprendre ; et cela influence les achats des fumeurs. La Corée a inversé le système. La Suède l'a corrigé. L'UE doit actuellement choisir entre ces deux modèles. Elle devrait opter pour celui de la Suède.

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