Peter Beckett à Purifier l'air Une information que Bruxelles espérait voir passer inaperçue a été révélée. L'évaluation par la Commission européenne de la directive sur les produits du tabac, rapport censé constituer le fondement juridique de la plus importante révision de la législation européenne sur le tabac depuis plus de dix ans, a été examinée par son propre organe de contrôle interne avant publication. Cet organe, le Comité d'examen de la réglementation, a émis un avis défavorable. La Commission l'a néanmoins publiée.
Le RSB n'est pas un organisme de critique extérieur. Il s'agit de l'organe de surveillance interne de l'UE, créé précisément pour garantir que les rapports de la Commission reposent sur des preuves solides et que les conclusions ne dépassent pas ce que les données permettent d'établir. Son verdict sur l'évaluation de la directive sur les produits du tabac (DPT) a été exceptionnellement direct. Les preuves recueillies étaient insuffisantes. L'analyse d'efficacité manquait de rigueur. Et les conclusions selon lesquelles la politique antitabac de l'UE a réduit le tabagisme, et que le vapotage et les sachets de nicotine sont dangereux, ne devraient pas aller au-delà de ce qui est étayé par les preuves.
Autrement dit, la Commission affirme des choses qu'elle ne peut pas prouver.
La Commission a réagi en publiant le rapport le 2 avril, la veille du week-end de Pâques, et en omettant purement et simplement l'avis négatif du RSB de sa page web. Il a fallu une demande d'accès à l'information formulée par l'équipe de Beckett pour contraindre la Commission à l'ajouter. Il est apparu discrètement le 9 avril, sans aucune annonce. Comme l'a souligné Beckett, il s'agissait d'un exemple flagrant de dissimulation de mauvaises nouvelles.
L'enjeu dépasse largement le simple embarras procédural. La révision de la directive sur les produits du tabac (DPT) déterminera si des millions de fumeurs européens pourront accéder aux cigarettes électroniques, aux sachets de nicotine et autres alternatives moins nocives qui aident réellement les fumeurs à arrêter. La Commission souhaite les restreindre. Son propre organe de surveillance estime que les preuves justifiant cette orientation sont insuffisantes.
Et la RSB n'est pas la seule à réagir. Cette semaine, sept organisations de consommateurs de toute l'Europe, dont la World Vapers' Alliance, ont envoyé un lettre ouverte à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et au commissaire à la santé, Paul Várhelyi, les appelant à appliquer un cadre proportionné aux risques, à protéger l'accès des adultes à des alternatives moins nocives et à tirer des enseignements de pays comme la Suède, la République tchèque et la Grèce qui ont réduit considérablement le tabagisme en privilégiant la réduction des risques plutôt que la restriction.
La Commission fait désormais face au même constat, venant de deux directions diamétralement opposées. Son propre organe de contrôle interne affirme que les preuves ne corroborent pas les conclusions du rapport. Partout en Europe, des organisations de consommateurs estiment que cette orientation politique aura des conséquences dramatiques.
Bruxelles fait la sourde oreille aux deux. La révision de la directive sur le tabac repose toujours sur ces fondements. Et cela devrait inquiéter tous ceux qui souhaitent que la politique antitabac de l'UE soit guidée par ce qui fonctionne réellement, et non par les décisions prises par la Commission avant même d'entamer sa rédaction.